Annonce inattendue, hors du cadre habituel : Ferdinand Piech, figure tutélaire du groupe Volkswagen, vient de lâcher une information qui pourrait redistribuer les cartes dans l’industrie automobile mondiale. Lors d’un échange rare avec la presse allemande, il a évoqué sa volonté d’accueillir une nouvelle marque au sein du géant allemand, à condition qu’elle soit prête à changer de cap.
Ce mot, « restructuration », n’a rien d’anodin. Il fixe les contours et réduit le champ des possibles pour la prochaine cible de VW. Piech, qui ne cache pas son intérêt pour Alfa Romeo depuis maintenant un an, a d’ailleurs reconnu qu’il restait de la place pour une nouvelle venue dans l’écurie allemande. Mais derrière cette affirmation, les spéculations s’enchaînent. Peut-être prépare-t-il le terrain pour le rachat d’une marque appelée à devenir le futur label à prix serré du groupe d’ici 2016. Certains observateurs voient dans la focalisation sur Alfa Romeo une manœuvre habile pour masquer une autre ambition, tournée vers une marque issue d’un tout autre horizon. Surtout, Piech a la réputation de ne jamais révéler ses véritables cibles avant la signature, préférant cultiver l’effet de surprise.
Le visage du groupe Volkswagen lui-même pourrait radicalement changer dans la décennie à venir. Prenons SEAT. Avec la nouvelle Léon, la marque espagnole joue sa survie. Si la compacte ibérique ne convainc pas et ne s’impose pas sur le marché, beaucoup d’analystes anticipent une disparition pure et simple d’ici 2020. Ce vide laisserait le champ libre à une marque latine, qui permettrait de répliquer la stratégie d’Audi dans le segment premium. Mais tout cela reste pour l’instant de l’ordre de l’hypothèse.
Dans les faits, une marque à bas coût semble être dans le viseur. Initialement, Suzuki devait jouer ce rôle dans la stratégie imaginée par Piech. Pourtant, les dirigeants japonais ne partagent pas la vision de Volkswagen et souhaitent récupérer les 19,9% de leur capital détenus par l’Allemand, afin de retrouver leur autonomie. Il y a trois ans déjà, le groupe VW avait tenté une approche auprès de Proton, constructeur malaisien, sans succès. Aujourd’hui, l’option la plus crédible pour bâtir une gamme abordable pourrait bien être Maruti, le constructeur indien. Maruti, détenu à 54% par Suzuki, assemble chaque année plus de 700 000 véhicules. Un partenaire idéal pour Volkswagen, qui pourrait négocier, dans les coulisses, une réallocation des parts détenues dans Suzuki contre une entrée au capital de Maruti. Une opération audacieuse, mais parfaitement dans le style de Piech.
Il ne faut pas non plus écarter le cas SAAB. La marque suédoise accumule les difficultés depuis trois ans et tente de survivre, alors que General Motors bloque tout transfert de technologie. Un contentieux juridique est en cours, mais la marque présente un profil intéressant pour Volkswagen, un peu à l’image de ce que Skoda représente pour Audi aujourd’hui. La perspective de voir SAAB intégrer le groupe allemand n’est donc pas à exclure pour les prochaines années.
En somme, Alfa Romeo n’est peut-être qu’une pièce du puzzle. Piech, qui s’apprête à prendre sa retraite à 79 ans, semble avoir encore quelques cartes surprenantes en main. Difficile de savoir qui rejoindra la galaxie Volkswagen, mais une chose est sûre : le suspense n’a jamais été aussi intense autour du futur du groupe.
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